K. Henri LEBERT, Vue du Haut-Landsbourg, 1833, huile sur toile, musée Unterlinden, Colmar

Deux expositions remarquables, en Alsace, mettent en lumière de façon originale “Nature” et “Paysages” et proposent une déambulation culturelle vivifiante. Belle idée de programmation qui interroge le rapport de l’homme et de la société à la nature, avec la naissance du tourisme, la métamorphose du paysage par l’industrialisation. Un dialogue géographique, historique, esthétique est tissé, de l’Alsace à l’Europe, un regard en arrière jusqu’aux lisières du XVIIIe siècle, qui ajoutent des clés d’interprétation au présent. L’exposition L’Alsace pittoresque, au musée Unterlinden à Colmar, balaye  les représentations multiples de cette région frontalière. Plusieurs pistes sont proposées pour appréhender l’« invention » d’un paysage : vision topographique, quête ethnographique, émergence du pittoresque, liens entre vie rurale et paysage…

Le fond des collections du musée Unterlinden est marié avec habileté à des œuvres et livres issus de collections publiques et privées françaises, allemandes et suisses qui en forment le contrepoint. Peintures, œuvres sur papier et photographies, rarement présentées au public voire inédites, vous feront découvrir un paysage aux multiples facettes – reliefs montagneux, sommets ponctués d’impressionnants châteaux forts en ruine, vaste étendue de la plaine rhénane – et vous révéleront les motifs singuliers d’un pays  sans cesse réinventé. Héritage de la peinture hollandaise, le paysage émerge comme genre pictural dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, c’est le début d’une vraie appropriation artistique des paysages régionaux. La lithographie vers 1820 permettra une diffusion à grande échelle de ces motifs avec la mode des albums de vues pittoresques, grâce à de grands imprimeurs éditeurs – tels Engelmann ou Simon pour l’Alsace. Tandis que rails, ponts ou gares vont modifier profondément le paysage, le chemin de fer joue par ailleurs un rôle de premier plan, qui ouvre à une bourgeoisie naissante l’accès aux paysages et aux beautés de la nature, antérieurement réservés à une élite. Le tourisme est né, mêlé à l’aspiration à échapper au carcan urbain.  En épilogue de l’exposition, c’est le paysage rêvé, sublimé où mémoire, nostalgie, mythologie et imaginaire dessinent de nouveaux contours, que l’on découvre notamment au travers des œuvres de Gustave Doré ou Jean-Jacques Henner. 

Le Goût de la Nature

Dans une coopération bien orchestrée, les musées de Strasbourg proposent dans le même temps Le Goût de la Nature. Paysages des musées de Strasbourg des XIXe et XXe siècles. L’exposition, très appréciée lors d’une préalable itinérance japonaise,  constitue une promenade par thèmes, à travers l’histoire du paysage européen, depuis la période romantique jusqu’au milieu du XXe siècle, avec des chefs-d’œuvre de Loutherbourg, Corot, Courbet, Sisley, Monet ou Signac. Quelque quatre-vingt peintures sont exposées au Musée des Beaux-Arts, par thèmes, permettant des confrontations inédites. Et environ quatre-vingt œuvres graphiques, issues du Cabinet des Estampes et Dessins et Musée d’Art moderne et contemporain, sont présentées à la Galerie Heitz.

L’Alsace pittoresque. L’invention d’un paysage 1770 - 1870,
jusqu’au 26 juin 
au musée Unterlinden 1 rue d'Unterlinden - 68000 Colmar
http://www.musee-unterlinden.com/

Le Goût de la Nature. Paysages des musées de Strasbourg des XIXe et XXe siècles.
jusqu’au 15 août 2011
au Palais Rohan (musée des Beaux-Arts et galerie Heitz)
2, place du Château - 67000 Strasbourg
http://www.musees.strasbourg.eu

texte @ Imaginature