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Mot clef - art contemporain

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samedi, 15 décembre 2012

Evénements

L'appel de la Forêt - Musée Würth


Exposition au titre en joli clin d’oeil à Jack London : « L’appel de la forêt ». Embarquons-nous pour l’aventure. Dans sa solitude de gisant, l’arbre empaqueté qui s’offre à la vue du visiteur, dès les premiers pas, ne cache pas la forêt annoncée. Il est déjà à lui seul la forêt. Symbole. Au jeu du cacher/montrer, Christo excelle. L’arbre mis à terre et non plus en terre, couché par la tempête artistique sous le crâne de l’artiste, transforme la vision du spectateur. L’action de Christo révèle le réel comme oeuvre d’art intrinsèque. Un arbre banal parmi tant d’autres. Changement de perspective. Son horizontalité nouvelle interroge soudain la verticalité habituelle de sa cime qui s’élance vers le ciel et de ses racines qui s’enfouissent dans les entrailles de la terre jusqu’au royaume des morts. Métamorphose non pas de l’objet en lui-même, mais de la conscience que nous en avons.

Cette installation phare réalisée spécialement pour l‘exposition est née de la relation privilégiée entre l‘artiste bulgare et le mécène Reinhold Würth. La collection Würth détient le plus grand fond de maquettes et dessins préparatoires de Christo.

S’y trouvaient la maquette réalisée en 1968 puis le dessin exécuté en 1994 de ce projet, longtemps mûri, qui a sa pleine justification au sein de cette exposition qui en dévoile les trois étapes. De Ernst Ludwig Kirchner à David Hockney, en passant par Alfred Sisley, Max Ernst, Georg Baselitz, Gerhard Richter ou Christo, elle explore les divers aspects de la représentation de la forêt dans l’histoire de l’art moderne et contemporain. La Collection Würth disposant d’un vaste fond d’œuvres ayant pour thème la forêt, une large sélection a pu ainsi être présentée au Musée Würth France, situé à Erstein, à moins de 30 minutes de Strasbourg.

Dessin préparatoire de Christo pour son projet d’installation. Wrapped Tree, Project for the Museum Würth, Germany, 1994. Collage : crayon, tissu, ficelle, polyéthylène, pastel, fusain, peinture à l’émail, carton gris et brun. Collection Würth© Christo. Photo : André Grossmann, New York.
Photos en haut du billet : Musée Würth, affiche (œuvre en fond de Ernst Ludwig Kirchner) et vue inté rieure de l’exposition © François Faton

Le thème est porteur, certes mais c‘est un succès sans précédent, surprenant même les organisateurs, pour cet événement qui se déroule jusqu‘au 19 mai 2013. Plus de 80 % de visiteurs supplémentaires dès le démarrage, par rapport à l’exposition précédente, un vrai record ! Il est vrai que le large panorama artistique de l’accrochage qui s’étend du XIX
e siècle à la création contemporaine permet de fédérer des publics très variés. Ainsi toutes les écoles du secteur, de la maternelle au secondaire défilent devant les cimaises pour le plus grand bonheur des pédagogues. Tous les âges s’y intéressent et de nouveaux publics font leur apparition : forestiers et chasseurs se promènent dans les allées du musée comme dans une de leurs clairières familières. Ce vent de nature qui souffle sur ce lieu culturel répond à la fois à une problématique très actuelle et totalement intemporelle ; la visualiser au travers de l’œil des artistes permet de nourrir la réflexion de chacun. Pour l’historien de l’art Fabrice Hergott, la forêt est un « sujet miroir » de l’humanité. Terrain idéal pour les artistes pour projeter fantasmes, craintes et espoirs, forêt et nature sont protéiformes. Mythes, légendes et contes emploient la forêt comme décor et la peuplent de créatures fantastiques et autres sorcières ou ogres terrifiants, incarnations de la violence humaine. Les romantiques du XIXe siècle érigent une véritable esthétique de la forêt : leur vision fantasmagorique, désespérée de celle-ci, déteint encore sur son image actuelle, poétique et méditative.

Au XXe siècle, le goût pour la forêt évolue : face à un monde essentiellement citadin, ordonné, maîtrisé, c’est l’idée de régénérescence qui attire plutôt que son aspect sauvage. La forêt sombre, obscure, menaçante, laisse sa place à une promesse de vie plus essentielle, d’harmonie originelle. La vision de la forêt varie aussi selon chaque culture. La nature anglo-saxonne, souvent représentée sous la forme naïve d’un jardin, est à l’opposé des forêts germaniques, icônes de la nation,plus sombres et marquées par l’histoire. Aujourd’hui, la vision de la forêt est plus universelle, plus globalisée. Elle devient un enjeu de survie, un espace à sauver.

Une première fois exposée à la Kunsthalle Würth à Schwäbisch Hall, lors de l’année internationale des forêts en 2011, l’exposition actuelle est adaptée par et pour le Musée Würth d’Erstein, l’un des 14 musées créés à travers le monde par le mécène Reinhold Würth.

Au milieu des années 1950, après le décès de son père, le jeune Reinhold, âgé de 19 ans reprend les rênes de l’entreprise familiale et transforme le négoce local en un impressionnant empire commercial autour des systèmes de fixations pour l’industrie et l’artisanat. Aujourd’hui le groupe Würth est implanté dans plus de 84 pays et compte plus de 66 000 collaborateurs. L’art, de l’aveu même de Reinhold Würth, tient une place essentielle dans sa vie comme dans la réussite de l’entreprise. Proche des artistes, il a engagé une exceptionnelle politique de mécénat pour soutenir les arts plastiques, la littérature et la musique. Depuis les années soixante, Reinhold Würth a constitué l’une des plus importantes collections d’entreprise d’art moderne et contemporain. La collection Würth basée en Allemagne, compte aujourd’hui près de 14 000 oeuvres et tourne dans les 14 musées Würth. Non pas un luxe mais un réel investissement pour les hommes, l’art, selon Reinhold Würth, doit transmettre aux collaborateurs et au public une grande qualité de vie et de travail, même en dehors des centres culturels habituels. Si cela peut surprendre au premier abord, on comprend mieux alors, pourquoi le Musée Würth français, créé en 2008, est situé en pleine zone industrielle d’Erstein, à côté du siège social de Würth France, flanqué d’un magnifique parc paysager de cinq hectares.

Cette neuvième exposition est plébiscitée par le public, à tel point que les Allemands qui l’avaient manquée à Schwäbisch Hall se déplacent jusqu’à Erstein. Un catalogue de plus de 300 pages (en allemand avec livret de traduction en français) est disponible à la boutique du musée.

 Arbres et Forêts dans la Collection Würth,

jusqu’au 19 mai 2013 

Muéee Würth Z.I. ouest rue Georges Besse F-67158 Erstein. 

www.musee-wurth.fr 

vendredi, 30 septembre 2011

Evénements

La Biennale internationale du verre


L’événement initié par ESGAA (European Studio Glass Art Association) en 2009 se transforme pour sa nouvelle édition, en grand rendez-vous européen des amateurs et collectionneurs d’art contemporain, passionnés du médium Verre.

Il investit une douzaine de lieux en Alsace cet automne, après avoir démarré hors frontières françaises, dès juin et jusque fin septembre, par une autre série d’expositions à Venise et Murano, lieux emblématiques.

Dans ce contexte, « Eclats », l’exposition phare organisée au musée Würth France à Erstein du 15 octobre 2011 au 4 mars 2012 sonne comme un manifeste. Elle présentera une rétrospective inédite en France du Studio Glass Movement. Ce mouvement né dans les années 1960-1970, a déplacé le lieu de la pratique verrière, jusque-là réservée aux manufactures et aux cristalleries, vers les ateliers individuels pour des expressions plus créatives. Une quarantaine d’artistes du monde entier sera exposée. Outre cette rétrospective, des oeuvres d’artistes nordaméricains, comme Tom Patti ou Harvey Littleton, des installations contemporaines avec Anaïs Dunn ainsi que des œuvres de la scène artistique européenne avec Caroline Prisse, Keiko Mukaide ou Jean-Michel Othoniel seront à l’honneur. C’est l’occasion de montrer toute la richesse des différentes techniques de l’art verrier, des procédés classiques jusqu’aux installations vidéo en fibre de verre en passant par le travail du néon. La sélection propose également des oeuvres de grand format aux frontières de l’architecture et du design avec notamment Udo Zembok, Vincent Breed ou Josepha Gasch-Muche. Il semble naturel que, dans une région marquée par les arts du feu, la flamme soit ardente pour hisser en mode majeur ce que la tradition a fini par instituer en arts mineurs, à savoir la céramique et le verre.Or il ne sont pas si nombreux que ça, les passionnés. Laurent Schmoll, président de ESGAA, est l’un de ceux qui se battent pour donner en France toutes ses lettres de noblesse à la sculpture verre mal connue et reconnue. Car si aux Etats Unis et au Japon les plasticiens du verre sont très présents et les galeries exclusives légion, en France, l’état des lieux est bien léger :
il n’y a que le CIRVA (Centre International Recherche Verre Arts Plastiques) à Marseille et le CIAV (Centre International d’Art Verrier) à Meisenthal pour collaborer avec les plasticiens désirant introduire le matériau verre dans leur démarche et le musée atelier du verre de Sars Poterie (Alsace) est le seul à se consacrer entièrement cet art. Moins de dix galeries en France exposent ces artistes, faute de trouver un public suffisant, souvent par manque de formation ou d’information. Comme le pointe Laurent Schmoll, « les américains ont, une nouvelle fois, l’occasion et la volonté de constituer de grandes collections achetant les meilleures oeuvres. Il est surprenant de constater, comme par le passé avec les peintres européens, que bien des œuvres négociées sont d’origine européenne, laissant nos institutions atones. »
Laurent Schmoll se bat contre un autre préjugé : la double peine qui frappe les artistes qui « mettent la main à la pâte », « mettent la main dans le cambouis » et façonnent eux-mêmes leur œuvre verre. Une étiquette péjorative d’artisan les éloigne le plus souvent de l’accès aux galeries d’art contemporain.

Bâtie sur les fondations des deux événement « Strasbourg, capitale du Verre » en 2006 et 2007, et de sa première édition en 2009, la Biennale alsacienne 2011 a atteint une maturité et une reconnaissance qui ont permis de nouer une belle coopération avec la région de Venise et Murano. Une identité patrimoniale similaire, construite sur la tradition artistique verrière, voilà de quoi tisser des liens et créer une biennale à dimension européenne, en deux temps, sur deux pays, de juin 2011 à mars 2012. Un défi déjà bien accueilli à en juger par le succès des deux expositions italiennes de la Biennale, au Palazetto Bru Zane à Venise et au musée du Verre de Murano. Dans la dynamique de la rencontre, le travail de deux étudiants de l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg s’est inscrit en partenariat avec la prestigieuse Ecole du verre Abate Zanetti de Murano pour créer une œuvre originale exposée lors de la Biennale. 

A noter, Strasbourg possède la seule école des Arts Décoratifs ayant un atelier « Verre » qui forme chaque année des étudiants dans cette discipline artistique. Et c’est dans les locaux du Conseil régional d’Alsace, place du Wacken à Strasbourg du 14 octobre au 28 novembre 2011 que vous pourrez découvrir les œuvres de Laura Parisot et Thomas Balthazar, les deux étudiants sélectionnés. 
Dans le cadre de la Biennale, sera remis le 19 octobre, le Prix du verre contemporain, « l’International Strasbourg Glass Prize », qui récompense une création originale réalisée à partir du médium verre. C’est un collectif de trois artistes français, Sandrine Isambert, Thibaut Nussbaumer et Michel Schaeffer, qui est lauréat du Prix 2011 pour un assemblage intitulé In Out, réalisé à partir de balises de signalétique urbaine et qui dévoile via l’ouverture des pointes des cônes un univers intérieur réfracté à l’infini par des jeux de miroirs… Les dix finalistes et les lauréats sont exposés au CIC Est, rue Jean Wenger-Valentin à Strasbourg, du 14 octobre au 22 novembre 2011.

Ci-dessus 1 : Laura Parisot (ESAD Strabourg), Sans titre. Ci-dessus 2 : Udo Zembok, Cæur 2, Collection de l’artiste. Keiko Mukaide, Circle of three lucid, © François Golfier
Photos en haut du billet : Caroline Prisse, arbre connecté © Ernst van Deursen. Vincent Changnon et Anne Donze, « Viens tant, vas temps », vue Tour Eiffel, finalistes Prix du verre 2011

Bien d’autres découvertes poétiques et ou surprenantes vous seront offertes tout au long de ce parcours grâce aux subtilitésde ce médium qui joue avec la lumière et à l’imagination des artistes qui ont su l’apprivoiser. Le musée de Sars Poterie et le CIAV de Meisenthal présentent chacun une exposition dans le cadre de la Bien-nale. A Strasbourg, quelques lieux dans une liste non exhaustive pour attiser votre curiosité: au Conseil général du Bas-Rhin, place aux étudiants artistes tchèques de l’école de Usti nad Labem, au musée d’Art moderne et contemporain, honneur à Maurice Marinot et à La Chaufferie, du 18 novembre au 22 décembre 2011, exposition des plus récentes œuvres de Caroline Prisse. Cette artiste néerlandaise formée à la Rietveld Academy d’Amsterdam y est devenue ensuite directrice du département du verre. Ses recherches l’amènent à développer une approche métaphorique des possibilités artistiques du verre. L’artiste utilise des objets relevant du quotidien du chimiste : ampoule de coulée, ballon, bécher, flacons, tubes … Emboîtés, ces instruments laissent entrevoir des structures organiques fantastiques. Une démarche artistique fondée sur une réflexion liant technologie et nature. Caroline Prisse participe également à la première partie de la Biennale du Verre, à Murano.

La Biennale Internationale du Verre

Du 14 octobre au 28 novembre 2011

à Strasbourg et en région Alsace.

www.biennaleduverre.eu