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Mot clef - Economie

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lundi, 28 juin 2010

Livres - articles

L'Amérique de Rohatyn

 Stiglitz, Chomsky, de Waal et maintenant Rohatyn, les voix et voies d'une analyse critique et constructive de nos sociétés modernes aux contours mondialisés semblent émaner plus d'Outre-Atlantique que de la vieille Europe. Parce que l'explosion du système financier est partie des Etats-Unis ou parce que les intellectuels y sont moins léthargiques ? Qui sait ?

Rohatyn comme de Waal a des racines européennes fortes. Frans de Waal est néerlandais, a épousé une Française et enseigne aux Etats-Unis. Il a souvent fait remarquer que cette particularité — vivre à cheval sur trois cultures — lui donne une certaine vision du monde qui induit une analyse plus féconde des événements. Pour cet éthologiste renommé, elle éclaire plus subtilement les comportements des individus dans les sociétés animales et humaines. (Voir notre billet sur son dernier ouvrage).

Né en 1928, Félix Rohatyn est lui, issu d'une famille viennoise — un grand-père banquier, un père brasseur — s'installant en France en 1934. Il fait ses études secondaires à Paris. En 1940 la famille fuit la France pour le Portugal et bientôt l'Amérique et la très européenne New-York. Naturalisé américain, il intègre la banque Lazard Frères dont il deviendra associé puis directeur de la branche américaine avant de devenir ambassadeur des Etats-Unis en France en 1997 sous la présidence Bill Clinton dont il est proche. Il reprendra en 2001 sa carrière de conseiller des banques d'affaires par le truchement de sa propre structure Rohatyn Associates. Et cette "légende de Wall Street", un des pilier de la banque Lazard pendant près de 50 ans a réintégré cette dernière en janvier 2010 comme conseiller spécial de son P.d.g.
Très francophile (deux de ses fils vivent d'ailleurs en France), Félix Rohatyn est celui qui a sauvé New-York de la faillite dans les années 1970 en restructurant la dette et jugulant la crise financière de la Ville. Keynésien jusqu'au bout des ongles, il se prononce pour une intervention active de l'État dans l'économie.

Cet humaniste avoué a aussi dirigé pendant dix-huit ans le bureau d'aide sociale de la Ville de New York de 1975 à 1993 et avant de lui proposer le poste d'ambassadeur Bill Clinton le voulait vice-président de la FED5. Sa candidature fut refusée par les sénateurs républicains qui le jugeaient trop social !

Dans son dernier ouvrage qui vient de sortir en France "Ces hommes qui ont fait l'Amérique", il nous rappelle  avec l'assurance de sa longue et brillante expérience personnelle par dix exemples de choix dans l'histoire de l'Amérique que, contrairement à ce que proclament aujourd'hui de nombreux idéologues, les investissements publics à grande échelle portent leurs fruits, avec souvent de remarquables résultats à long terme. A l'opposé de la politique à court terme qui prévaut et ne favorise que l'enrichissement de quelques-uns au dépend du reste de la société et nous a mené dans le mur que l'on sait, c'est un homme avec une vraie vision du monde qui vient nous dire que le chemin pris n'est pas inéluctable et qu'il y a des solutions.

Le 31 mai dernier, France Inter recevait Félix Rohatyn. Ecoutez-le :

Nicolas Demorand reçoit dans le 6h30/10h de France Inter, Félix Rohatyn, ancien ambassadeur des États-Unis en France (1997 à 2000) et ancien président de la banque Lazard (31 mai 2010).

POUR EN SAVOIR PLUS

• Article-critique des interviews de Rohatyn sur France Inter sur le site de Marianne2 (mai 2010)
Félix Rohatyn: quand un démocrate américain démythifie la «rupture» Obama

Extrait : Très élogieux sur Obama, l’ancien ambassadeur, ardent partisan de la régulation financière et des investissements publics en temps de crise. n’en demeure pas moins beaucoup plus sceptique sur ses capacités d’action : « je ne sais pas s’il y a beaucoup de choses nouvelles ». Keynésien, favorable à l’intervention de l’Etat, Rohatyn estime ainsi que la politique américaine actuelle reste complètement dominée par son aile libérale et « farouchement opposée à l’intervention de l’Etat ».

• Article- interview des Echos  (août 2009) :
toujours intéressant de relire des propos passés à la lumière du présent. Voir aussi en ce sens article à la suite concernant la nouvelle réglementation financière inaugurée aux Etats-Unis en ce mois de juin 2010
Felix Rohatyn : " La finance est devenue un danger public "


• Article sur le blog de Georges Ugeux (27 juin 2010)
Wall Street sous contrôle: une nouvelle ère pour la finance ?

Extrait : La nouvelle règlementation financière des Etats-Unis vient d’aboutir a un accord entre les Sénateurs et les Représentants du Congrès. Depuis les réglementations de 1933 et 1934 à la suite du crash boursier de 1929, c’est à une transformation fondamentale du paysage financier que nous allons assister. Devant l’incapacité des financiers à s’autoréguler, le législateur américain a développé une reglementation d’environ 2000 pages qui visent l’ensemble des aspects de la finance.

• Dossier « Keynes » sur Alternatives Economiques (31/12/08)
Dossier : Keynes, plus actuel que jamais

Extrait : 62 ans après sa mort, John Maynard Keynes semble aujourd'hui plus actuel que jamais, et pour cause. Sa pensée paraît tout simplement plus pertinente que celle de ses détracteurs pour comprendre les événements récents : la crise financière de 2007/2008 et la récession économique qui a suivi.
Le dossier présente une sélection d'articles consacrés au célèbre économiste, ainsi que quelques-uns de ses propres textes, parus au fil des ans dans Alternatives Economiques.



Le Livre

CES HOMMES QUI ONT FAIT L'AMÉRIQUE
par Félix Rohatyn
Editions Saint-Simon - Prix : 23 € - Nombre de pages : 204
http://www.edsaintsimon.com/livre-detail.php?id=71

mardi, 8 juin 2010

Société

Les conférences de Noam Chomsky à Paris


Capture d'écran d'une page du site du Collège de France concernant l'intervention de Noam Chomsky

Noam Chomsky, 81 ans, linguiste américain mais plus largement penseur politique renommé, professeur émérite au MIT (Massachussetts Institute of Technology),s’est déplacé à Paris pour 3 conférences exceptionnelles.
Le New York Times, peu suspect de complaisance à son égard, dit de lui qu’il est "sans doute l’intellectuel vivant le plus important". Il a révolutionné sa discipline dès les années 50 et la célébrité de cet adepte de la contestation non-violente a dépassé le cercle des linguistes après la guerre du Vietnam.

Conférence au Collège de France

• La conférence donnée au Collège de France le 31 mai, où l’affluence fut à la hauteur de la qualité de l’intervenant et où la fermeture des grilles occasionna une grande déception pour ceux restés sur le seuil, est maintenant disponible en vidéo sur le site du Collège de France. Séance de rattrapage bienvenue ! Petite remarque en passant, vous l’entendrez y citer Stiglitz, prix Nobel d’économie, dont nous vous signalions l’ouvrage "Le Triomphe de la Cupidité" sorti récemment aux Editions LLL (Les Liens qui Libèrent) et qui fait un impressionnant succès en librairie (voir vignette de la couverture présente en colonne gauche).

À l'invitation de l'Assemblée de professeurs, sur proposition de Jacques Bouveresse, Noam Chomsky a donné une conférence sur "Understanding and Interpreting : Language and Beyond", le lundi 31 mai 2010 à 17h au Collège de France.

Résumé :
"Le chemin qui va des données de l’expérience à leur interprétation et, de là, à leur compréhension est complexe. Nous pouvons distinguer plusieurs catégories de problèmes. L’une relève des sciences: perception visuelle, compréhension du langage, etc. Elle conduit à enquêter sur la nature des systèmes cognitifs, sur leur croissance et leur développement chez l’individu, et sur leur évolution au sein de l’espèce. Dans certains domaines, il existe des réponses plausibles ; dans tous, il reste de nombreux mystères. Une autre catégorie de problèmes touche aux affaires humaines et soulève des questions, explorées par Pascal, Orwell et beaucoup d’autres, sur la manière dont les intérêts, les doctrines, les institutions, les relations de pouvoir et d’autres facteurs interfèrent dans ce que nous finissons par croire – ou parfois choisissons de croire – sur le monde, sur la place qui y est la notre, sur nos responsabilités, et sur la manière dont nous les remplissons ou, souvent, ne les remplissons pas."


VOIR LES VIDEOS
sur le site du Collège de France (intervention sectionnée en chapitres)

http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/phi_lan/Colloque_du_28_mai_2010_Ration.jsp
Philosophie du langage et de la connaissance
Colloque du 28 mai 2010. Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russel, Georges Orwell, Noam Chomski. Noam Chomsky - Power-hunger tempered by self-deception

VOIR AUSSI :  titres des chapitres
(les liens vers les autres vidéos sont dans la colonne de droite de la page mentionnée ci-dessus)
• Colloque du 28 mai 2010. Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russel, Georges Orwell, Noam Chomski. Jean-Jacques Rosat - Russell, Orwell, Chomsky : une famille de pensée et d'action
• Colloque du 28 mai 2010. Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russel, Georges Orwell, Noam Chomski. Pascal Engel - La vérité peut-elle survivre à la démocratie ?
• Colloque du 28 mai 2010. Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russel, Georges Orwell, Noam Chomski. Thierry Discepolo - Tout ça n'est pas seulement théorique. Notes sur la pratique d'une ligne éditoriale
• Colloque du 28 mai 2010. Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russel, Georges Orwell, Noam Chomski. Jacques Bouveresse - Bertrand Russell, la science, la démocratie et la poursuite de la vérité
• Colloque du 28 mai 2010. Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russel, Georges Orwell, Noam Chomski. John Newsinger - George Orwell and Democratic Socialism

Conférence à la Mutualité

• Disponible sur le site du Monde diplomatique, organisateur de la rencontre, le texte intégral traduit en français de la conférence donnée à la Mutualité (salle comble aussi et accueil digne d’une star du rock – 3 h d’intervention et séance d’autographes !) le 29 mai et la captation sonore de la conférence. Nous en extrayons ci après le passage concernant l’environnement — mais ne vous privez pas de lire l’ensemble !

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-05-31-Chomsky

lundi 31 mai 2010
Contours de l’ordre mondial. Continuités, changements et défis
L’intervention de Noam Chomsky à Paris
Texte de la conférence donnée par Noam Chomsky au théâtre de la mutualité le samedi 29 mai 2010. La captation sonore des diverses interventions et des questions de la salle est disponible à la fin du texte. Ci-après, extrait :

La destruction de l’environnement

J’ai dit que la prolifération des armes nucléaires est l’un des deux défis qui mettent littéralement en danger la survie de notre espèce. Cette question n’est pas prise en compte malgré l’impressionnante rhétorique déployée. Il en va de même pour la deuxième menace : la destruction de l’environnement. Ce qui se passe aux Etats-Unis est particulièrement important, comme toujours, mais est également très révélateur. Le secteur des entreprises mène une campagne massive de propagande pour que l’opinion publique abandonne ses préoccupations concernant le changement climatique lié aux activités humaines, et avec le plus grand succès puisque cette conviction a baissé et réunit maintenant tout juste un tiers de la population. Les responsables à qui revient cette tâche de propagande, visant à lutter contre cette conviction, savent aussi bien que nous que le « canular progressiste » est bien réel et que les perspectives sont peu réjouissantes (1). Ils s’acquittent en fait du rôle que les institutions leur ont assigné. Dans une économie de marché, ces responsables doivent agir de façon à maximiser les gains à court terme. S’ils ne le font pas, ils seront remplacés par d’autres, qui eux le feront. D’ailleurs, selon le droit anglo-américain des sociétés, il s’agit d’une obligation juridique. Ce qui signifie qu’ils ne doivent pas tenir compte des externalités (l’impact d’une opération à l’extérieur de l’entreprise). Dans ce cas, le sort de l’espèce humaine est une externalité qu’ils doivent écarter dans la mesure où l’économie de marché prévaut. La logique est la même lorsque des directeurs de sociétés financières ne prennent pas en compte le risque systémique, tout en sachant qu’en agissant de la sorte ils provoqueront une crise financière. Dans ce cas, leur comportement n’est pas irrationnel. Ils savent qu’après l’effondrement du château de cartes qu’ils construisent, ils peuvent aller se mettre à l’abri de ce qu’ils appellent l’Etat nourricier, tout en serrant fort leurs livres de Hayek, Friedman et Rand. Il n’existe pas de tels recours lorsque les externalités liées à la destruction de l’environnement sont ignorées. Il n’est pas facile toutefois de surmonter les nécessités institutionnelles. Les deux grandes menaces pesant notre survie demeurent redoutables.

Texte traduit par Thomas Legoupil, Sam Levasseur et Anne Paquette, www.chomsky.fr

(1) Aux Etats-Unis, une partie des climato-septiques présente le réchauffement climatique comme un canular monté par le camp progressiste qui chercherait ainsi à prendre le pouvoir, NDT.

Des liens complémentaires

• Vous trouverez ci-dessous un ensemble de liens vers d’intéressants documents, interviews, analyses pour découvrir ou redécouvrir Chomsky dont la fréquentation est très fructueuse pour l’esprit en ces temps troublés que l’on partage ses idées sur tout ou partie… ou pas !.

1- MAGAZINE LA RECHERCHE (interview exclusive - en kiosque le 24 juin)

• Noam Chomsky a accordé un entretien exclusif à La Recherche. Celui-ci paraîtra dans le prochain numéro, en kiosque le 24 juin.  Sur le site, trois textes présentant différents aspects de la très riche pensée de Chomsky :

- « Théorie linguistique et apprentissage », écrit par Noam Chomsky lui-même en 1971 pour La Recherche.
- « Le programme minimaliste de Chomsky » par Jean-Yves Pollock, professeur à l’Université de Marne la Vallée. 27.05.2010
- « La biolinguistique, une science de convergence » par Lyles Jenkins, du Biolinguistics Institute de Cambridge (Etats-Unis). 27.05.2010

voir ici :
http://www.larecherche.fr/content/actualite-sapiens/article?id=27776

2 - MAGAZINE LES ECHOS

• Une interview de Chomsky sur les site des Echos en août 2009 – analyse de la crise financière
Noam Chomsky : " Il n'y a plus de sentiment d'espoir " [ 18/08/09  ]
Pour Noam Chomsky, professeur au MIT, la financiarisation de l'économie, l'idéologie " fanatique " de l'efficacité des marchés et le pouvoir croissant du secteur financier ont précipité cette crise. Si celle-ci ne lui paraît pas à la même échelle que la Grande Dépression des années 1930, il estime qu'il y avait alors plus d'espoir dans les catégories modestes.  
Voir ici :
http://www.lesechos.fr/info/inter/300370035.htm

4 - CHOMSKY'S WEBS

tout sur Noam Chomsky
http://www.chomsky.fr/

le site officiel de Chomsky – en vo
http://www.chomsky.info/

dimanche, 24 janvier 2010

Développement durable

Sir Nicholas Stern nommé au Collège de France

L’économiste britannique, Nicholas Stern, 64 ans, membre de la Commission Stiglitz, a été nommé pour un an  à la chaire "Développement Durable – Environnement, Energie et société" du Collège de France par l'assemblée des professeurs. Il a par ailleurs co-présidé avec Jean Jouzel (Giec) le groupe de travail « Lutter contre les changements climatiques et maîtriser l’énergie » du Grenelle de l’environnement.

Célèbre pour son rapport, publié en 2006, qui fait toujours référence, sur l’impact économique du changement climatique et qui chiffre avec précision le coût de l'inaction. « Réduire aujourd’hui les émissions à gaz à effet de serre représente un coût relativement modeste comparé au coût de l’inaction », annonçait à l’époque cet ancien vice-président de la Banque mondiale de 2000-2003, Chef du Service gouvernemental économique britannique jusqu’en 2007, titulaire d’une chaire à la London School of Economics et nommé directeur du Grantham Institute for Climate Change and the Environment toujours à la London School of Economics en 2008.

Il succède à cette charge au démographe Henri Leridon, premier titulaire. C’est en effet en 2009 que le Collège de France a ouvert pour cinq ans cette chaire consacrée au Développement durable traitant chaque année d'une nouvelle thématique.

Sa leçon inaugurale aura lieu le jeudi 4 février 2010, à 18 heures. Elle sera filmée et diffusée en léger différé sur le site (rubrique Audio-video - choix chaires annuelles)

Collège de France
 11, place Marcelin Berthelot
 75231 Paris Cedex 05
 Standard : 01.44.27.12.11 - Accueil : 01.44.27.11.47
http://www.college-de-france.fr 

Enseigner la recherche en train de se faire, telle est la devise du Collège de France. Les cours sont en accès libre sans inscription préalable.

Programme des Cours de Nicholas Stern, thématique « Gérer les changements climatiques, promouvoir la croissance, le développement et l'équité »

  1. 5 février 2010, de 10h00 à 12h00 : Les deux grands défis du 21e siècle : vaincre la pauvreté et gérer le changement climatique
  2. 19 février 2010, de 10h00 à 12h00 : L’éthique du changement climatique : L’environnement, avenir et carences
  3. 5 mars 2010, de 10h00 à 12h00 : Limiter l’émission de carbone dans les pays développés et en voie de développement : les opportunités et les politiques
  4. 19 mars 2010, de 10h00 à 12h00 : Un accord mondial pour une politique climatique: gérer le changement climatique pour entrer dans une nouvelle ère de progrès et de prospérité
  5. 2 avril 2010, de 10h00 à 12h00 : La politique, les politiques et les institutions: mettre en place et soutenir une nouvelle organisation internationale pour le développement, l'environnement et la justice.

Séminaire

Une conférence sur le thème "gérer le changement climatique" se déroulera les 7 et 8 juin à Paris au Collège de France. Elle est organisée par Nicholas Stern et Roger Guesnerie, titulaire de la chaire "Théorie Economique et Organisation Sociale". 

Le premier jour sera dédié à "l’économie du long terme". Le deuxième jour traitera du sujet "Stimuler l’Innovation". Les questions de risque, d’incertitude et de coopérations internationales seront mises en avant. Le programme définitif sera annoncé en Avril.

Illustration : page Audio-Video du site web du Collège de France.

Texte : © Imaginature

lundi, 23 mars 2009

Eau

Forum mondial de l'eau : le bilan

Le 5e forum mondial de l'eau  vient de s'achever à Istanbul. La déclaration finale absolument non contraignante pour les états signataires a fait l'impasse sur la reconnaissance d'un "droit humain fondamental à l'accès à l'eau potable et à l'assainissement". Principaux opposants à cette reconnaissance : les Etats-Unis et le Brésil. Peur d'avoir à partager les ressources, peur d'avoir à payer pour les moins nantis… Responsabilité et partage ne semblent pas encore à l'ordre du jour.
Petite lueur néanmoins : une vingtaine de pays poussés par L'Espagne et les délégations latino-américaines ont publié une déclaration séparée où figure cette reconnaissance.
Et vraie rupture par rapport au forum de Mexico en 2006, "le besoin d'atteindre la sécurité hydrique" est affirmé dès le préambule ainsi que l'engagement pour l'économie de la ressource, notamment dans le secteur agricole, qui en est le plus gros consommateur (73% de l'utilisation de l'eau douce). Préserver les écosystèmes aquatiques, lutter contre les pollutions, renforcer les lois sur l'eau, lutter contre la corruption et faire participer le public aux décisions, ces nouveaux engagements font aussi partie de la liste.

L'occasion est toute trouvée pour se plonger ou se replonger dans les 416 pages du "petit précis de mondialisation" d'Erik Orsenna, L'avenir de l'eau, sorti cet hiver.

"Petit" ? épaisseur du propos ! "Précis" ? vaste étendue du thème ! "Mondialisation" ? "somme des réalités locales" !

mercredi, 5 mars 2008

Société

la nouvelle narration du monde de Petrella

Maison d’édition canadienne, Ecosociété possède un catalogue fourni proposant de lire le monde autrement. Les titres en témoignent, qui abordent de nombreux problèmes de géopolitique, de société comme « La violence des villes » « Télé cannibale » ou « Les dérives de l’industrie de la santé ». Nombre d’ouvrages s’intéressent spécifiquement aux questions liées à l’écologie, l’environnement.  Le credo d’Ecosociété : « publier des ouvrages critiques afin de favoriser la réflexion sur une société plus humaine, respectueuse de la biosphère, libre et transparente ».   Beau projet dans lequel s’inscrit la parution récente  de l'ouvrage « Pour une nouvelle narration du monde » de Riccardo Petrella, économiste, politologue et grande figure de l’altermondialisme.
 Réflexion sur « la narration dominante » d’un libéralisme débridé, aux dépens des autres discours et mode de pensée, et d’une subordination du sens aux chiffres, cet essai propose une alternative à la « théologie universelle capitaliste » dominante.  Il s’agit rien moins que d’une réappropriation humaniste de principes fondateurs d’humanité, de solidarité, de paix, de droit à la vie prenant en compte ce bien commun qu’est la Terre. 
Pour Petrella, comme pour Lester Brown, rien ne semble jamais irréversible. En matière de gouvernance mondiale des échanges, la taxe sur les mouvements spéculatifs, dite taxe Tobin fait son chemin dans les esprits. Mais il faut aller plus loin encore et mettre en place également un système de prélèvement sur les produits et services générateurs de nuisance pour l’environnement, afin de financer des programmes de  développement pour les pays les plus pauvres. Il faut aussi multiplier à la base les alternatives citoyennes, changer les modes de comportement et de consommation pour un mieux-vivre ensemble. L’auteur en appelle à une nouvelle forme de gestion collectiviste de bien communs mondiaux que sont l’eau, l’air, l’espace, les forêts, l’éducation, la paix… Il souhaite aussi  le développement d’un mouvement alternatif, pour le moment essoufflé, qui s’appuierait sur un contrat social mondial, de l’avoir - accès aux biens communs et services essentiels - , démocratique, culturel, et favoriserait le développement durable. Un monde où dominerait la primauté d’une société en symbiose avec l’écosystème Terre et qui ne serait enfin plus dominée par la marchandisation de la vie. Une maison d’humanité, comme il le dit si joliment. L’utopie est-elle seulement une chimère ou plutôt, selon le concept platonicien, l’expression légitime d’une cité idéale, le miroir d’un futur possible?

Pour une nouvelle narration du monde
Ricardo Petrella
Editions Ecosociété, 2007

Economie

Le plan B, pour un pacte écologique

Pionnier du développement durable, l’agroéconome américain Lester R.Brown est, à 73 ans, une référence écologique à l’échelle planétaire. Mais au-delà du concept de trajectoire d’effondrement actuel de l’écosystème auquel selon lui aucune économie ne peut survivre, il propose une alternative, un « Plan B » à mettre d’urgence en œuvre…
Fruit de la collecte d’informations chiffrées, de statistiques mondiales, de rapports internationaux d’experts recueillis dans son centre de recherche, le Worldwarch Institute de Washington, puis de l’Earth Policy Institute, a depuis bien des années valeur de mètre étalon dans le domaine de  la prospective écologiste. Lester B. Brown n’est pas seulement un statisticien, un économiste libéral, c’est aussi un humaniste. Cassandre ou visionnaire ? Il en appelle en tout cas à une véritable révolution environnementale. Dans son « Plan B », Brown analyse chapitre par chapitre l’état déprimant des lieux. Cela va de l’épuisement annoncé des énergies fossiles en passant par le déficit planétaire à venir en matière de réserve d’eaux douces, l’accélération de la déforestation, l’érosion des sols, la pression du changement climatique, l’accroissement des inégalités et l’augmentation des réfugiés politiques, économiques, environnementaux, la menace du terrorisme…  Bref tout est lié. Tout semble inscrit, écrit pour annoncer le cauchemar annoncé, cet effondrement de civilisation mis en perspective dans l’ouvrage de Jared Diamond « Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie » (Gallimard 2006).
Pour autant, Lester B. Brown n’assiste pas en témoin à l’accélération du chaos planétaire. D’abord parce qu’il a, au long de sa vie, été autant un acteur de l’économie et de l’environnement qu’un témoin. Il a aussi cultivé une vision globale, transversale, qui lui permet d’anticiper des stratégies. C’est ce qu’il propose dans une seconde partie de son ouvrage consacrée à la remise en état de la planète, à la construction d’un autre futur, d’un monde où la question du progrès écologique deviendra centrale.  Cela passe d’abord, au-delà des mots, par une prise de conscience de la gravité et de l’urgence de la situation à laquelle nous sommes confrontés. Les principes, tout le monde les connaît. Ils sont de bon sens : restauration des écosystèmes et ressources naturelles, développement des programmes d’éducation, de santé… Tout cela représente un coût phénoménal, mais demande surtout une volonté politique, une restructuration  de l’économie et la capacité du marché à dire la vérité écologique, à s’inscrire dans la voie vertueuse du respect de l’environnement. Le protocole de Kyoto, tout imparfait qu’il soit montre le chemin à suivre individuellement et collectivement. Les médias ont aussi à faire leur révolution, à faire croître la compréhension, la pédagogie des enjeux et la mobilisation des publics. « Ce que nous avons à faire est faisable ». Il n’existe pas de fatalité, mais seulement des volontés, prévient Brown. À nous de lire, de l’écouter… Et surtout d’agir !

Le plan B
Pour un pacte écologique mondial
Lester R.Brown
Préface de Nicolas Hulot
Calmann-Lévy/ Souffle Court Editions - 2007

mardi, 12 février 2008

Société

2030 le krach écologique

Alors que les grandes bourses mondiales redoutent les ondes de choc d’un tsunami financier lié aux «subprimes» américaines, Geneviève Ferone nous annonce, telle Cassandre, dans 2030, le krach écologique (Grasset, février 2008),  que nous n’avons encore rien vu comparé à ce qui nous attend en réalité dans les vingt ans à venir.
Car ce krach là sera à la fois climatique, énergétique, financier, démographique. Et le plus inquiétant, c’est qu’il est déjà irrésistiblement, inéluctablement en marche, même si les actuels dérèglements climatiques ne nous en donnent seulement qu’un avant-goût.
Présidente-fondatrice d’ARESE, première agence française de notation sociale et environnementale des entreprises cotées et aujourd’hui directrice du développement durable du groupe VEOLIA Environnement, Geneviève Ferone aborde le sujet de manière directe, concrète, avec des analyses d’une grande pertinence. Au cœur de son raisonnement, un facteur joue désormais de manière menaçante sa partition contre nous : le temps. Car c’est un fait avéré que le changement climatique et ses conséquences à long terme s’inscrivent de manière quasi irréversible dans un avenir prochain. Tout comme l’on peut programmer à moyen terme l’épuisement de nos richesses fossiles, et en particulier du pétrole, ce moteur de l’industrie et de la consommation qui alimente les enjeux géopolitiques les plus troubles. On est moins certains, malheureusement, d’avoir le temps et la volonté de développer des énergies propres et renouvelables pour le remplacer. Pas plus que l’on ne maîtrise aujourd’hui les conséquences du formidable développement économique des géants de demain que seront la Chine,l’Inde ou bien le Brésil, avec toutes les conséquence que leur irrésistible mais légitime croissance risque d’entraîner.
«La Chine et l’Inde détiennent entre leurs mains l’avenir climatique et énergétique de notre planète» rappelle l’auteur à ceux qui prendraient le risque de l’oublier. Au fond, notre principal ennemi désormais, observe justement Geneviève Ferone, c’est nous-mêmes et notre refus viscéral de nous frotter au réel, de l’assumer. Alors que faire ? Etre concrets, pragmatiques, courageux, imaginatifs malgré tout… et prêts à faire des choix difficiles. Comme de mettre en action un plan Marshall de la sobriété énergétique. Ou d’affronter simultanément, avec lucidité, une quantité d’obstacles à venir, au prix d’un changement individuel et collectif de comportement. Il s’agit rien moins que d’inventer de nouvelles formes de solidarité, en favorisant l’émergence d’une mutation technologique, économique, politique éthique. Avoir foi dans le progrès, mais avant tout dans l’homme !

jeudi, 3 janvier 2008

Economie

La nature, combien ça coûte ?

« La nature, combien ça coûte ? » de Frédéric Denhez, collection Changer d’Ere (Delachaux & Niestlé, août 2007)
Journaliste et écrivain scientifiques, Frédéric Denhez aborde avec pertinence une des vraies questions que tout le monde se pose : celle du coût de l’écologie dans l’économie dont elle n’est pas nécessairement l’ennemie. Il montre avec de nombreux exemples à l’appui, que l’économie est indissociable de la nature et que l’on doit au plus vite désormais considérer cette dernière comme un capital à faire fructifier. Réintégrer l’écologie dans l’économie ? Oui, mais à condition de rompre avec certains dogmes en donnant un prix au vivant…en l’intégrant pour partie dans le marché. « L’époque des interrogations est toujours fertile » rappelle l’auteur. « Aujourd’hui, alors que la finitude du monde nous revient à la figure après un demi-siècle de déni, nous sommes contraints de créer une nouvelle façon de vivre sur une planète malade.
Une perspective angoissante ? Loin de là ! Une formidable opportunité de repenser notre développement… »

mardi, 2 octobre 2007

Climat

Le plein s'il vous plaît ! une interview de Jean-Marc Jancovici

Ingénieur-conseil et co-auteur de "Le plein s'il vous plaît !"  aux éditions du Seuil, Jean-Marc Jancovici en appelle à une taxe progressive et volontaire sur le pétrole pour protéger l'homme et son environnement.

L'épuisement des ressources naturelles et le rejet massif de gaz carbonique dans l'atmosphère sont-ils clairement désormais au coeur du débat ?
Jean-Marc JANCOVICI - La consommation d'énergie de l'humanité en gaz, charbon, pétrole, a été multipliée par un facteur de 30 à 40 depuis le début du XXe siècle. Si l'idée d'un monde fini est très ancienne, celle que l'on puisse manquer de ressources naturelles est relativement nouvelle. Pourtant, on n'a vraiment commencé à exploiter massivement le pétrole qu'à partir des années 1960. On observe de manière brutale un changement des ordres de grandeur, un changement de nature du problème.

Ce qui ne signifie pas une prise de conscience collective...
J-M J. - Le problème culturel de fond, c'est qu'en démocratie une bonne partie du sens se réincarne dans les possessions, les biens de consommation. Leur augmentation devient quête de sens. Il n'existe pas de système spontané pour inciter à la modération, que ce soit pour l'alcool, les cigarettes ou la consommation de carburant. Si l'on veut restreindre la quantité de ce qui fait problème, cela passe par une augmentation volontaire et progressive des prix.

Dans le domaine énergétique, il va bien falloir trouver rapidement une régulation...
J-M J. - Oui, c'est urgent, car nous dilapidons notre capital actuellement. Notre système économique n'intègre pas plus la diminution des stocks de matières non renouvelables que les risques environnementaux majeurs qui se manifesteront dans le temps avec les émissions massives de CO2 dans l'atmosphère. Il est pourtant inexorablement inscrit dans les modèles mathématiques que la consommation d'hydrocarbures, de charbon et autres minerais passe par un maximum puis décroît. La bonne question est de savoir quand, au plus tard, le maximum est atteint. Ne pas choisir de la provoquer revient simplement à accepter de la subir plus tard. Mieux vaut gérer le problème en amont…

Actuellement, on observe pourtant une inertie considérable!
J-M J. -  Malheureusement, ni les problèmes de ressources énergétiques ni le climat ne se règlent en une semaine de préavis. De nos jours le bruit médiatique sur cette question a rendu les gens sensibles. Ils ont compris qu'il y a un problème, mais n'en mesurent pas plus les contours exacts que les hommes politiques. Lorsqu'on parle d'élévation de la température, il faut avoir en mémoire qu'un écart de 5°C nous sépare de l'ère de glaciation, il y a vingt mille ans. On a du mal à imaginer les conséquences catastrophiques d'une augmentation de 5°C sen un siècle, parce que ce serait complètement inédit. De fait, une partie du mur n’est déjà plus évitable (mais une partie l’est encore). Il existe un tel décalage entre nos actes et leurs conséquences!

Si l'on ne veut pas courir de risques majeurs, il est urgent d'agir radicalement dès maintenant ?
J-M J. - Radicalement est le mot en effet :  il faut diminuer de 3% notre consommation de pétrole, de gaz naturel, de fuel domestique, de carburant, de kérosène, de plastiques. Si on ne le fait pas spontanément, le rythme annuel, à terme, risque d'être bien plus violent. C'est comme la vieillesse : on ne peut y échapper. Le seul pari perdant serait de ne pas agir au prétexte que les autres ne font rien. Cela s'appelle la régulation par le chaos.
Propos recueillis à l'occasion de la conférence à Paris en février 2007 des 500 spécialistes du Groupe international d'experts sur le climat (GIEC)
J-M J. (à propos de la réunion du GIEC) : Rendez-vous d'étape tous les cinq ans sur l'état de la connaissance concernant l'influence de l'homme sur le climat, cette réunion interdisciplinaire d'experts mondiaux - océanographes, astrophysiciens, chimistes de l'atmosphère, géologues, vulcanologues, glaciologues… - est à la fois un processus continu mais aussi un signal en direction d'un monde politique et économique qui à tendance à réagir surtout en fonction de la pression d'une actualité forte. Jamais la question, en tout cas, n'avait été posée aussi clairement jusqu'ici de savoir si l'homme va devenir la cause dominante du changement climatique.

  • Le plein s'il vous plaît ! par Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, éditions du Seuil.
  • Le site de Jean-Marc Jancovici : http://www.manicore.com
Photo © S. Becker