Jean-Louis Etienne n’a décidément pas perdu le Nord ! le moral, veut-on dire… Après l’accident spectaculaire qui a détruit, en 2008, le dirigeable à bord duquel il devait mesurer l’épaisseur de la banquise arctique, Jean-Louis Etienne, 63 ans, passionné, exigeant toujours, rebondit sur un nouveau rêve, une utopie qu’il concrétise : la traversée du pôle Nord en Ballon, un exploit encore jamais réalisé et programmé pour avril 2010 !
L’expédition Generali Observer sera le dernier acte de la trilogie de ses expéditions au pôle Nord en solitaire. Souvenez-vous en 1986 il avait tiré un traîneau pendant 63 jours pour atteindre le Pôle, puis en 2002 dérivé quatre mois sur la banquise à bord du Polar Observer !

Par cette nouvelle aventure digne de Jules Verne, JLE souhaite « attirer l’attention du monde sur la régression de la banquise et ses conséquences… car la banquise est le meilleur indice de performance des mesures que l’humanité doit engager contre le réchauffement climatique ». Sa disparition engendrerait un chaos climatique à l’échelle planétaire. L’objectif de l’expédition de JLE est d’expliquer le rôle fondamental de la banquise dans l’équilibre climatique de l’hémisphère Nord et à ce titre la faire classer «zone d’intérêt commun» pour l’humanité. Le pôle Nord dispose de ressources en pétrole et en gaz encore inexploitées. « C’est une manne que les états riverains ne vont pas vouloir laisser échapper.  Maintenant, les opinions publiques évoluent et les dirigeants politiques doivent tenir compte du fait que les citoyens sont de plus en plus vigilants en matière de protection de l’environnement. Il s’agit ici de faire pression ! »

Une aventure aux finalités scientifiques…

Aventure +démarche scientifique = 2 pôles magnétiques pour Jean-Louis Étienne ! qu’il fait se rejoindre parce que l’aventure est porteuse de rêve, qu’elle offre un nouveau regard,
notamment en direction des jeunes générations et devient un formidable relais d’une parole scientifique qui a parfois du mal à se faire entendre.
Jean-Louis Étienne, le revendique : il n’est pas un chercheur mais plutôt un « passeur » (notion qui nous est chère ici chez Imaginature). Mais qu’on ne s’y trompe pas, côté scientifique, c’est du costaud cette expédition ! Rendez-vous compte, pour la première fois, un observateur va pouvoir transmettre des mesures instantanées de la teneur en gaz carbonique de l’atmosphère au-dessus de l’océan Glacial Arctique vierge de toutes émissions. Cette série de mesures en continu effectuées pour le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement – CEA CNRS va être aussi l’occasion de tester dans des conditions extrêmes des sondes miniaturisées : avec en corollaire, de multiples applications technologiques et scientifiques.
Autre données relevées par LJE pour l’Institut de Physique du Globe de Paris et le CEA-LETI de Grenoble : un échantillon précis de mesures du champ magnétique terrestre. On le sait moins, mais le champ magnétique terrestre évolue sans cesse. Le pôle Nord magnétique se déplace ainsi chaque année. Depuis quelques années, sa vitesse de déplacement s’est accrue considérablement pour passer de quelque 10 à 20 km/an à près de 60 à 80 km/an. Cet accroissement de vitesse de déplacement semble coïncider avec un affaiblissement du champ magnétique général. Sans que l’on en connaisse précisément les raisons. Les obversations de JLE permettront peut-être à la communauté scientifique de valider ou d’infirmer certaines hypothèses de travail.

… et pédagogiques

Passeur, on l’a dit, par tout le volet pédagogique qu’il met aussi en place lors de ses expéditions. Cette fois-ci encore l’Education nationale par l’intermédiaire du Centre de recherche et de Documentation Pédagogique de Paris (CRDP de Paris) sera partie prenante. Un programme à vocation européenne, Carboschools, en partenariat avec l’Institut Pierre Simon Laplace (sciences de l’environnement) dirigé par Hervé Le Treut (membre du GIEC et dont on a vous a parlé ici) devrait permettre de mieux comprendre les effets du gaz carbonique sur le réchauffement de la planète. En collaboration avec le Centre National d’Etudes Spatiales (service jeunesse – éducation), le programme Calisphair établira des correspondances entre la vie dans l’espace et les conditions que devra subir Jean-Louis Étienne dans sa nacelle.

Par cette capacité à vivre ses utopies jusqu’au bout, Jean-Louis Etienne est un exemple pour nous montrer qu’on peut agir.

Zinedine Zidane a choisi d’apporter son soutien à cette prochaine expédition de Jean-Louis Etienne,  pour sa dimension pédagogique et son potentiel d'impact, notamment auprès des enfants et des jeunes générations : "Je ne connaissais pas personnellement Jean-Louis Etienne, mais j'avais été frappé par sa traversée du pôle, ce sujet de l'environnement n'est pas si simple à aborder concrètement et il faut continuer à montrer des choses. Cette expédition est intéressante  et je pense qu'elle parlera aux jeunes générations... il faut rester très humble, j'ai bien aimé l'approche de Jean-Louis EtienneIl y a des gens bien plus qualifiés que moi pour parler de l'environnement ! Mais si je peux contribuer à rendre encore plus forte la voix de ceux qui se battent depuis longtemps pour faire bouger les choses... Je suis avant tout père de 4 enfants, et c'est notre génération qui as les moyens de faire..."

à suivre...

Le site de jean-Louis Etienne pour connaître les préparatifs et l'expédition : http://www.jeanlouisetienne.com

Nos précédents billets sur Jean-Louis Etienne : ici et ici

Photos © Jean-Louis Etienne et Generali
texte © Imaginature