Exposition au titre en joli clin d’oeil à Jack London : « L’appel de la forêt ». Embarquons-nous pour l’aventure. Dans sa solitude de gisant, l’arbre empaqueté qui s’offre à la vue du visiteur, dès les premiers pas, ne cache pas la forêt annoncée. Il est déjà à lui seul la forêt. Symbole. Au jeu du cacher/montrer, Christo excelle. L’arbre mis à terre et non plus en terre, couché par la tempête artistique sous le crâne de l’artiste, transforme la vision du spectateur. L’action de Christo révèle le réel comme oeuvre d’art intrinsèque. Un arbre banal parmi tant d’autres. Changement de perspective. Son horizontalité nouvelle interroge soudain la verticalité habituelle de sa cime qui s’élance vers le ciel et de ses racines qui s’enfouissent dans les entrailles de la terre jusqu’au royaume des morts. Métamorphose non pas de l’objet en lui-même, mais de la conscience que nous en avons.

Cette installation phare réalisée spécialement pour l‘exposition est née de la relation privilégiée entre l‘artiste bulgare et le mécène Reinhold Würth. La collection Würth détient le plus grand fond de maquettes et dessins préparatoires de Christo.

S’y trouvaient la maquette réalisée en 1968 puis le dessin exécuté en 1994 de ce projet, longtemps mûri, qui a sa pleine justification au sein de cette exposition qui en dévoile les trois étapes. De Ernst Ludwig Kirchner à David Hockney, en passant par Alfred Sisley, Max Ernst, Georg Baselitz, Gerhard Richter ou Christo, elle explore les divers aspects de la représentation de la forêt dans l’histoire de l’art moderne et contemporain. La Collection Würth disposant d’un vaste fond d’œuvres ayant pour thème la forêt, une large sélection a pu ainsi être présentée au Musée Würth France, situé à Erstein, à moins de 30 minutes de Strasbourg.

Dessin préparatoire de Christo pour son projet d’installation. Wrapped Tree, Project for the Museum Würth, Germany, 1994. Collage : crayon, tissu, ficelle, polyéthylène, pastel, fusain, peinture à l’émail, carton gris et brun. Collection Würth© Christo. Photo : André Grossmann, New York.
Photos en haut du billet : Musée Würth, affiche (œuvre en fond de Ernst Ludwig Kirchner) et vue inté rieure de l’exposition © François Faton

Le thème est porteur, certes mais c‘est un succès sans précédent, surprenant même les organisateurs, pour cet événement qui se déroule jusqu‘au 19 mai 2013. Plus de 80 % de visiteurs supplémentaires dès le démarrage, par rapport à l’exposition précédente, un vrai record ! Il est vrai que le large panorama artistique de l’accrochage qui s’étend du XIX
e siècle à la création contemporaine permet de fédérer des publics très variés. Ainsi toutes les écoles du secteur, de la maternelle au secondaire défilent devant les cimaises pour le plus grand bonheur des pédagogues. Tous les âges s’y intéressent et de nouveaux publics font leur apparition : forestiers et chasseurs se promènent dans les allées du musée comme dans une de leurs clairières familières. Ce vent de nature qui souffle sur ce lieu culturel répond à la fois à une problématique très actuelle et totalement intemporelle ; la visualiser au travers de l’œil des artistes permet de nourrir la réflexion de chacun. Pour l’historien de l’art Fabrice Hergott, la forêt est un « sujet miroir » de l’humanité. Terrain idéal pour les artistes pour projeter fantasmes, craintes et espoirs, forêt et nature sont protéiformes. Mythes, légendes et contes emploient la forêt comme décor et la peuplent de créatures fantastiques et autres sorcières ou ogres terrifiants, incarnations de la violence humaine. Les romantiques du XIXe siècle érigent une véritable esthétique de la forêt : leur vision fantasmagorique, désespérée de celle-ci, déteint encore sur son image actuelle, poétique et méditative.

Au XXe siècle, le goût pour la forêt évolue : face à un monde essentiellement citadin, ordonné, maîtrisé, c’est l’idée de régénérescence qui attire plutôt que son aspect sauvage. La forêt sombre, obscure, menaçante, laisse sa place à une promesse de vie plus essentielle, d’harmonie originelle. La vision de la forêt varie aussi selon chaque culture. La nature anglo-saxonne, souvent représentée sous la forme naïve d’un jardin, est à l’opposé des forêts germaniques, icônes de la nation,plus sombres et marquées par l’histoire. Aujourd’hui, la vision de la forêt est plus universelle, plus globalisée. Elle devient un enjeu de survie, un espace à sauver.

Une première fois exposée à la Kunsthalle Würth à Schwäbisch Hall, lors de l’année internationale des forêts en 2011, l’exposition actuelle est adaptée par et pour le Musée Würth d’Erstein, l’un des 14 musées créés à travers le monde par le mécène Reinhold Würth.

Au milieu des années 1950, après le décès de son père, le jeune Reinhold, âgé de 19 ans reprend les rênes de l’entreprise familiale et transforme le négoce local en un impressionnant empire commercial autour des systèmes de fixations pour l’industrie et l’artisanat. Aujourd’hui le groupe Würth est implanté dans plus de 84 pays et compte plus de 66 000 collaborateurs. L’art, de l’aveu même de Reinhold Würth, tient une place essentielle dans sa vie comme dans la réussite de l’entreprise. Proche des artistes, il a engagé une exceptionnelle politique de mécénat pour soutenir les arts plastiques, la littérature et la musique. Depuis les années soixante, Reinhold Würth a constitué l’une des plus importantes collections d’entreprise d’art moderne et contemporain. La collection Würth basée en Allemagne, compte aujourd’hui près de 14 000 oeuvres et tourne dans les 14 musées Würth. Non pas un luxe mais un réel investissement pour les hommes, l’art, selon Reinhold Würth, doit transmettre aux collaborateurs et au public une grande qualité de vie et de travail, même en dehors des centres culturels habituels. Si cela peut surprendre au premier abord, on comprend mieux alors, pourquoi le Musée Würth français, créé en 2008, est situé en pleine zone industrielle d’Erstein, à côté du siège social de Würth France, flanqué d’un magnifique parc paysager de cinq hectares.

Cette neuvième exposition est plébiscitée par le public, à tel point que les Allemands qui l’avaient manquée à Schwäbisch Hall se déplacent jusqu’à Erstein. Un catalogue de plus de 300 pages (en allemand avec livret de traduction en français) est disponible à la boutique du musée.

 Arbres et Forêts dans la Collection Würth,

jusqu’au 19 mai 2013 

Muéee Würth Z.I. ouest rue Georges Besse F-67158 Erstein. 

www.musee-wurth.fr