Maison d’édition canadienne, Ecosociété possède un catalogue fourni proposant de lire le monde autrement. Les titres en témoignent, qui abordent de nombreux problèmes de géopolitique, de société comme « La violence des villes » « Télé cannibale » ou « Les dérives de l’industrie de la santé ». Nombre d’ouvrages s’intéressent spécifiquement aux questions liées à l’écologie, l’environnement.  Le credo d’Ecosociété : « publier des ouvrages critiques afin de favoriser la réflexion sur une société plus humaine, respectueuse de la biosphère, libre et transparente ».   Beau projet dans lequel s’inscrit la parution récente  de l'ouvrage « Pour une nouvelle narration du monde » de Riccardo Petrella, économiste, politologue et grande figure de l’altermondialisme.
 Réflexion sur « la narration dominante » d’un libéralisme débridé, aux dépens des autres discours et mode de pensée, et d’une subordination du sens aux chiffres, cet essai propose une alternative à la « théologie universelle capitaliste » dominante.  Il s’agit rien moins que d’une réappropriation humaniste de principes fondateurs d’humanité, de solidarité, de paix, de droit à la vie prenant en compte ce bien commun qu’est la Terre. 
Pour Petrella, comme pour Lester Brown, rien ne semble jamais irréversible. En matière de gouvernance mondiale des échanges, la taxe sur les mouvements spéculatifs, dite taxe Tobin fait son chemin dans les esprits. Mais il faut aller plus loin encore et mettre en place également un système de prélèvement sur les produits et services générateurs de nuisance pour l’environnement, afin de financer des programmes de  développement pour les pays les plus pauvres. Il faut aussi multiplier à la base les alternatives citoyennes, changer les modes de comportement et de consommation pour un mieux-vivre ensemble. L’auteur en appelle à une nouvelle forme de gestion collectiviste de bien communs mondiaux que sont l’eau, l’air, l’espace, les forêts, l’éducation, la paix… Il souhaite aussi  le développement d’un mouvement alternatif, pour le moment essoufflé, qui s’appuierait sur un contrat social mondial, de l’avoir - accès aux biens communs et services essentiels - , démocratique, culturel, et favoriserait le développement durable. Un monde où dominerait la primauté d’une société en symbiose avec l’écosystème Terre et qui ne serait enfin plus dominée par la marchandisation de la vie. Une maison d’humanité, comme il le dit si joliment. L’utopie est-elle seulement une chimère ou plutôt, selon le concept platonicien, l’expression légitime d’une cité idéale, le miroir d’un futur possible?

Pour une nouvelle narration du monde
Ricardo Petrella
Editions Ecosociété, 2007